Et si l’IA devait vous trouver?

Être visible dans les nouveaux moteurs de recherche sans perdre de vue ses droits sur ses contenus

Quand on cherche un spectacle, un artiste, une exposition ou une activité culturelle, le premier réflexe est souvent encore de passer par Google. Mais les habitudes de recherche évoluent. De plus en plus, on pose directement nos questions à des outils comme ChatGPT, Gemini ou Copilot et on leur demande de nous recommander une activité, un artiste ou un lieu.

Pour les artistes et les organismes culturels, une nouvelle question se pose donc : comment faire pour être trouvés par ces nouveaux outils? Et surtout : que se passe-t-il lorsque l’IA nous trouve?

La découvrabilité ne s’arrête plus à Google

Les bonnes pratiques que l’on connaît déjà demeurent importantes : un site Web à jour, des descriptions claires, des pages consacrées aux artistes et aux projets, des dates et lieux bien indiqués, ainsi que des informations cohérentes d’une plateforme à l’autre.

Ces éléments permettent aux moteurs de recherche, mais aussi à différents systèmes d’IA, de mieux comprendre qui vous êtes et ce que vous faites.

Par exemple, si vous présentez un spectacle, une page Web devrait idéalement permettre de comprendre rapidement qui présente quoi, quand, où, pour quel public et comment y assister.

Autrement dit, les bases d’une bonne présence numérique ne disparaissent pas avec l’arrivée de l’IA. Elles deviennent même peut-être encore plus importantes.

Mais il ne suffit pas d’être présent sur le Web pour être correctement compris par ces nouveaux outils.

Être trouvé, c’est une chose. Être compris, c’en est une autre.

Pour qu’un outil d’IA puisse recommander votre organisme, votre artiste ou votre événement, il ne suffit pas que votre site Web soit accessible. Il faut aussi que son contenu soit suffisamment riche, clair et contextualisé pour être compris et utilisé dans une réponse.

L’enjeu n’est plus seulement d’intégrer des mots-clés, mais de fournir des informations qui répondent aux questions que se posent réellement vos publics.

Une personne pourrait chercher « un atelier de poterie pour débutants en Montérégie » plutôt que « une initiation aux pratiques céramiques ». Utiliser un vocabulaire qui rejoint les deux permet de mieux faire le lien entre votre offre et les recherches des publics.

Il est également pertinent de préciser le contexte de vos activités : qui sont les artistes participants? À qui s’adresse le projet? Quelle expérience propose-t-il? Est-il accessible? Faut-il réserver? Combien ça coûte?

La question à se poser : si quelqu’un demandait à une IA de recommander mon organisme, aurait-elle suffisamment d’informations fiables pour le faire correctement?

Plus vos contenus sont précis, structurés et contextualisés, plus ils sont susceptibles d’être compris et correctement utilisés par les systèmes d’IA.

Être trouvé ne signifie pas être librement réutilisé

Un texte, une photographie, une illustration, une vidéo ou une œuvre publiée sur un site Web est accessible au public. Mais accessible ne veut pas dire libre de droits.

Les questions entourant l’utilisation des contenus protégés par le droit d’auteur dans le développement et l’entraînement des systèmes d’IA sont toujours en évolution. Au Canada, les consultations menées sur le droit d’auteur et l’IA générative ont notamment porté sur l’utilisation des œuvres pour l’entraînement, la transparence et les mécanismes permettant aux titulaires de droits d’exprimer leurs préférences. Consulter le rapport de consultation du gouvernement du Canada

Il est donc utile de distinguer trois situations :

  • Être trouvé : une IA peut découvrir qu’un artiste, un organisme ou un événement existe.
  • Être compris et pris en compte : un système d’IA peut interpréter vos informations et s’en servir pour répondre à une requête.
  • Être utilisé pour entraîner un modèle : un contenu peut être utilisé dans le développement ou l’entraînement d’un système d’IA.

Ces usages ne sont pas nécessairement équivalents et ne sont pas toujours contrôlés de la même façon.

Peut-on exercer un certain contrôle?

Quelques outils commencent à offrir davantage de possibilités.

Le fichier robots.txt

Ce petit fichier présent sur un site Web permet de donner des directives aux robots d’exploration. Certains services d’IA reconnaissent ces directives et permettent de distinguer différents types de robots.

Cela peut notamment permettre de choisir entre faciliter la découvrabilité dans un moteur de recherche et limiter certains autres types d’exploration.

Il faut toutefois garder en tête que robots.txt repose sur le respect des directives par les robots. Ce n’est ni une barrière technique absolue ni, à lui seul, une protection juridique contre la copie.

Les Content Credentials

Pour les photographes, artistes visuels et autres créateurs de contenu numérique, les Content Credentials permettent d’associer à certains fichiers des informations sur leur provenance, leur auteur et leur historique de création.

Dans les systèmes compatibles, il est également possible d’indiquer certaines préférences concernant l’utilisation du contenu pour l’IA générative. Adobe propose notamment cette fonctionnalité dans son écosystème. En savoir plus sur les Content Credentials

Encore une fois, il ne s’agit pas d’une protection universelle. Ces préférences doivent être reconnues et respectées par les systèmes concernés.

Alors, que peut-on faire dès maintenant?

Pas besoin de retirer tous vos contenus du Web ou de fermer votre site! Une bonne présence numérique demeure essentielle à votre découvrabilité.

Quelques réflexes peuvent toutefois être utiles :

  • Conservez les crédits. Le nom de l’auteur, de l’artiste ou du photographe devrait rester associé au contenu lorsque c’est pertinent.
  • Informez-vous sur vos outils. Votre hébergeur ou votre équipe Web offre peut-être des options pour gérer l’accès des robots.
  • Suivez l’évolution du dossier. Les règles et les technologies évoluent rapidement. Une solution pertinente aujourd’hui pourrait être différente demain.

Être visible, mais à quelles conditions?

Pendant longtemps, la question était simplement : « Comment faire pour apparaître dans Google? » Aujourd’hui, une nouvelle question s’ajoute : « Comment faire pour que l’IA puisse me trouver? » Mais pour le milieu culturel, une autre question mérite d’être posée : « Comment faire pour que l’IA comprenne et utilise correctement mes informations? »

La découvrabilité numérique ne devrait donc pas seulement consister à rendre les contenus plus faciles à trouver. Elle devrait aussi nous amener à réfléchir à la façon dont nos informations sont structurées, aux conditions dans lesquelles nos contenus peuvent être utilisés et aux droits qui y sont associés.

Parce que être trouvable, être compris et être librement réutilisable sont trois choses différentes.

Vous avez un besoin numérique? Parlons-en.

Je suis disponible pour accompagner les membres de Culture Montérégie dans leurs réflexions et leurs projets. Écrivez-moi à numerique@culturemonteregie.qc.ca pour en discuter.

Partager :