Algorithmes et découvrabilité : quelle place pour le contenu culturel québécois?

On parle beaucoup des médias sociaux ces temps-ci. Santé mentale, désinformation, polarisation, encadrement des plateformes : les enjeux sont nombreux. Mais derrière plusieurs de ces débats se cache un acteur souvent invisible et pourtant central : l’algorithme.

Ce sont les algorithmes qui déterminent en grande partie ce que nous voyons en ligne. Ils organisent les fils d’actualité, suggèrent des vidéos, recommandent des comptes à suivre et décident quels contenus méritent d’être mis de l’avant… ou non.

Pour le milieu culturel québécois, cette réalité soulève une question essentielle : quelle place nos contenus occupent-ils dans ces environnements numériques?

Une visibilité qui n’est pas neutre

Les plateformes numériques aiment donner l’impression que chacun y a les mêmes chances d’être vu. En pratique, la visibilité dépend rarement du hasard.

Les contenus favorisés sont souvent ceux qui génèrent rapidement :

  • clics
  • réactions fortes
  • partages
  • temps de visionnement
  • engagement immédiat

Cette logique commerciale vise d’abord à retenir l’attention des utilisateurs. Elle n’a pas pour mission de soutenir la diversité culturelle, la relève artistique ou la vitalité régionale.

Ainsi, un projet culturel de qualité peut parfois être moins visible qu’un contenu plus spectaculaire, plus polarisant ou simplement mieux adapté aux codes de la plateforme.

La découvrabilité du contenu québécois en question

Aujourd’hui, une part importante de la découverte culturelle se fait en ligne. Spectacles, livres, films, expositions, balados, festivals : plusieurs premiers contacts avec une œuvre passent désormais par les réseaux sociaux ou les moteurs de recommandation.

Lorsque ces systèmes privilégient ce qui performe à l’échelle mondiale, les contenus locaux peuvent se retrouver désavantagés.

Pour la culture québécoise, cela signifie notamment :

  • plus de difficulté à émerger dans un flux saturé;
  • moins de visibilité pour les initiatives régionales;
  • concurrence accrue avec de grandes productions internationales;
  • accès plus complexe aux nouveaux publics;
  • dépendance croissante envers la publicité payante.

La découvrabilité devient alors non seulement un enjeu de promotion, mais un enjeu de présence culturelle.

Quand les créateurs s’adaptent aux machines

Un autre effet des algorithmes est plus subtil : ils influencent ce que l’on choisit de produire.

Pour être visibles, plusieurs organisations culturelles se sentent poussées à :

  • raccourcir leurs messages;
  • simplifier leurs contenus;
  • privilégier la vidéo courte;
  • publier constamment;
  • suivre les tendances du moment.

Peu à peu, les codes des plateformes peuvent façonner la communication culturelle elle-même.

Reprendre du pouvoir numérique

Il ne s’agit pas de rejeter les médias sociaux. Ils demeurent des outils utiles de rayonnement et de mobilisation. Mais il devient nécessaire de diversifier ses canaux pour réduire sa dépendance aux règles changeantes des algorithmes et reprendre le contrôle sur la relation avec les publics.

Pour les organismes culturels, cela peut passer par :

  • un site web vivant et bien référencé;
  • une infolettre engageante;
  • des partenariats de diffusion croisée;
  • des collaborations avec les médias locaux;
  • des plateformes sociales plus transparentes ou locales.

En conclusion

Qui décide de ce que nous découvrons? Quels contenus sont mis en valeur? Quelle place accorde-t-on aux voix francophones, régionales ou émergentes?

Ces questions dépassent la technique. Elles touchent à la circulation des idées, des œuvres et des imaginaires.

Dans une société comme le Québec, où la culture joue un rôle identitaire important, laisser entièrement ces choix à des systèmes conçus ailleurs mérite réflexion.

Vous souhaitez aller plus loin ou amorcer une réflexion sur vos pratiques numériques? N’hésitez pas à me contacter à numerique@culturemonteregie.qc.ca — je serai ravie d’échanger avec vous et de vous accompagner dans vos démarches.

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