Les réseaux sociaux actuellement largement utilisés reposent sur quelques grandes plateformes centralisées. Ces environnements sont efficaces pour diffuser du contenu, mais ils concentrent aussi beaucoup de pouvoir : algorithmes opaques, règles imposées de manière unilatérale et forte dépendance à des logiques publicitaires.
À l’inverse, un autre écosystème existe déjà et prend de l’ampleur : le fédivers.
Un réseau mondial de milliers de réseaux sociaux
Le fédivers est un ensemble de réseaux sociaux libres, décentralisés et interconnectés. Il regroupe environ 43 000 serveurs (instances) à travers le monde, pour près de 13 millions de personnes.
Plutôt qu’un seul réseau fermé contrôlé par une entreprise, il s’agit d’un écosystème de milliers de réseaux indépendants, qui peuvent toutefois communiquer entre eux.
Chaque instance est autonome :
- elle définit ses propres règles ;
- elle gère sa propre communauté ;
- elle organise sa modération ;
- elle choisit ses conditions d’utilisation.
Chaque instance peut communiquer avec les autres :
- les communautés peuvent dialoguer entre elles ;
- la circulation de l’information est ouverte.
Cela permet des environnements plus adaptés aux réalités locales, tout en étant connectés aux autres.
Des exemples ici, au Québec
Le fédivers n’est pas uniquement international. Il existe des instances locales et québécoises qui participent à cet écosystème décentralisé.
Parmi elles, on retrouve notamment Qlub (https://site.qlub.social/), un réseau social québécois disponible sous forme d’application mobile.
On retrouve également des instances de Mastodon, comme Mastodon Québec (https://mastodon.quebec/about), ainsi que plusieurs autres serveurs indépendants hébergés localement ou gérés par des collectifs et des communautés, tels que Jasette FACiLe (https://jasette.facil.services/about).
Tous ces espaces reposent sur un même principe : des réseaux distincts, mais interconnectés.
Ainsi, même si les utilisateurs ne sont pas sur la même plateforme ou le même serveur, ils peuvent tout de même se suivre, interagir et faire circuler leurs contenus à travers l’ensemble du réseau fédéré.
Repenser la logique des algorithmes
L’un des changements les plus importants introduits par le fédivers concerne la manière dont les contenus sont organisés et rendus visibles.
Sur les grandes plateformes sociales actuelles, la logique repose largement sur des algorithmes de recommandation qui sélectionnent les contenus selon des critères d’engagement, de performance ou de viralité, souvent liés à des modèles publicitaires.
Dans le fédivers, la logique est différente. La plupart des fils d’actualité sont :
- chronologiques ;
- non filtrés par un algorithme central opaque ;
- sans optimisation publicitaire du flux principal.
On passe ainsi d’un contenu sélectionné pour maximiser l’attention à un contenu organisé selon les choix de l’utilisateur.
Les personnes ne subissent plus un fil imposé : elles le construisent elles-mêmes en choisissant qui elles suivent et quelles communautés elles rejoignent.
Les bénéfices de la décentralisation
Au-delà du fonctionnement technique, la force du fédivers repose surtout sur sa structure décentralisée.
Souveraineté numérique
Dans un système décentralisé :
- aucune entreprise unique ne contrôle l’ensemble du réseau ;
- les données sont réparties ;
- les communautés peuvent choisir leur infrastructure ;
- les règles peuvent être adaptées localement.
Des règles d’utilisation choisies, pas imposées
Sur les grandes plateformes, les conditions d’utilisation peuvent changer sans réelle consultation des utilisateurs.
Dans le fédivers :
- chaque serveur choisit ses règles ;
- les utilisateurs peuvent migrer vers d’autres instances ;
- la diversité des normes est possible.
Cela crée un écosystème plus flexible et plus aligné avec les besoins des communautés locales.
En conclusion
D’autres façons d’organiser le web social existent déjà — plus ouvertes, plus distribuées et plus proches des communautés.
Le fédivers n’est pas encore un modèle dominant, mais il illustre une idée fondamentale : le web social peut fonctionner autrement.
- moins de centralisation ;
- moins de dépendance à un acteur unique ;
- plus de contrôle local ;
- plus de transparence ;
- plus de diversité d’espaces numériques.
Dans un contexte où quelques grandes plateformes occupent une place immense dans notre quotidien numérique, ces alternatives rappellent qu’internet n’est pas figé et qu’il peut encore évoluer dans différentes directions.
