Connexion Créative | Créateur de succès | Septembre 2020

Depuis l’existence de cette infolettre, nous avons toujours dressé le portrait de gens d’affaires ou d’entreprises dans la rubrique Créateur de succès. Or, nombre d’artistes méritent eux aussi cette reconnaissance en raison de leurs accomplissements remarquables.

Les comparaisons sont nombreuses entre les gens d’affaires et les artistes : l’esprit d’entrepreneuriat, l’audace, la tolérance au risque, la résilience et surtout, la nécessité de faire durer 1$. Nos artistes québécois innovent et créent à partir de ressources très limitées. Ils sont passés maîtres dans l’art de faire durer un dollar.

Petits moyens et grandes ambitions, par leur créativité et leur inventivité, plusieurs artistes sont dignes du titre « créateur de succès ».

Nous avons donc choisi, pour cette infolettre, de vous raconter la petite histoire d’une bourse de 1 000 $ ou comment Sylvain Massé, acteur et fondateur d’une compagnie de théâtre, a créé un succès à partir de quelques centaines de dollars. Une belle façon de vous rappeler qu’en tant que contribuable et philanthrope, votre argent a réellement un impact.

Sylvain Massé, les fameux 1 000 $ provenaient d’une bourse de déplacement. Quelle forme prend un tel financement ?

L’objectif est d’offrir aux artistes professionnels une aide financière pour participer à des activités reliées à la pratique de leur art et au rayonnement de leur carrière. J’ai assisté, lors d’un festival de marionnettes en France, à une représentation du spectacle Richard, le polichineur d’écritoire, de la compagnie belge les Chemins de terre. J’ai été complètement soufflé pas ce spectacle et j’ai voulu acheter les droits pour en faire une version québécoise. J’ai communiqué avec la compagnie qui, emballée par l’idée, m’a suggéré de les rencontrer en Belgique. J’ai fait une demande au Conseil des arts de Longueuil et j’ai obtenu une bourse de déplacement qui couvrait le billet d’avion et une partie des frais de subsistance, puisque j’étais accueilli par la compagnie.

Comment s’est déroulé ton séjour là-bas et qu’en as-tu retiré ?

Un coup de foudre artistique ! Alors que j’allais simplement voir la possibilité d’acquérir les droits, on a travaillé ensemble pendant une semaine sur l’adaptation en plus de rencontrer les créateurs du spectacle. De plus, j’ai bénéficié d’une classe de maître en théâtre d’objets, spécialité de la compagnie. De retour au Québec et gonflé à bloc, je me suis lancé dans la production de la version québécoise du polichineur d’écritoire.

Un coup de foudre artistique à 1 000 $ c’est bien beau, mais j’entends les plus cartésiens demander quel est concrètement le retour sur l’investissement rendu au Québec.

Parlons d’abord en chiffre. J’ai engagé un concepteur lumière, une conceptrice de costume, un accessoiriste, un atelier de décor, un graphiste, un photographe/vidéaste, et produit le spectacle. Puis, mon Richard a pris la route allant de Gatineau à Paspépiac ! Trente représentations. Plus de 6000 spectateurs. 45 000 $ de revenus, 7 500 $ en salaires de techniciens, 5 000 $ en cachets de conception, 3 000 $ en matériels. Une dizaine de nuits à l’hôtel. Près de 10 000 km de route…

Il est facile de comptabiliser le nombre de personnes impliquées directement dans le projet : 15 personnes. Toutefois, il est impossible de préciser l’ampleur du nombre indirect de personnes touchées : diffuseurs, professeurs, animateurs, techniciens et personnel des salles visitées; sans compter les gens sur la route : restaurateurs, hôteliers… Elles sont certainement plus de 100 !

Évidemment il faut compter aussi l’impact culturel et social que la production a eu, puisque plusieurs représentations étaient précédées pas des ateliers offerts aux écoles ou dans des milieux défavorisés.

Le petit 1000 $ a permis de grandes réalisations ! Cet investissement a été couronné de succès, non ?

Effectivement, j’ai reçu pour Richard, le polichineur d’écritoire, le prix du meilleur spectacle jeune public remis par l’Association québécoise des critiques de théâtre.

Alors ? Est-ce que vous pensiez que la somme de 1 000 $ pouvait avoir autant d’impact ? Est-ce suffisant pour créer un spectacle ? Bien sûr que non. La production a coûté à Sylvain Massé 10 000 $. Mais, une bourse, pour un artiste-entrepreneur, c’est un catalyseur d’une importance capitale.


Pour voir un extrait de « Richard, le polichineur d’écritoire » : 

Pour voir une entrevue de Sylvain Massé :

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